Puy-Saint-Pierre et Puy-Saint-André sont deux villages du Briançonnais riches d’un patrimoine minier inattendu : un retour dans le passé qui fait revivre sous nos yeux l’histoire des mines de cette vallée de montagne, depuis le XVIIIe siècle.

 Tels de vrais archéologues, nous cherchons à rendre visible l’invisible (ou le très discret), mais aussi à rendre hommage à cette période qui a marqué le paysage et le caractère de ces deux villages. À partir du début du XIXe siècle, le Code forestier de 1827 limite drastiquement l’accès aux forêts et les hivers rigoureux des années qui suivent poussent les habitants du bassin de Briançon à se tourner vers le charbon, pour se chauffer et obtenir un revenu que seule la migration saisonnière ou définitive leur permettait jusqu’alors d’espérer.

un projet

commun

Débute ainsi une phase de mise en concession et d’exploitation du territoire, sur le plus grand gisement houiller d’Europe. Une cinquantaine de concessions fleurissent dans le Briançonnais. Tout au long de son histoire, le charbon local est destiné aux usages domestiques. 

Aujourd’hui, ce projet touristique s’inscrit dans la continuité de ce patrimoine : les deux communes se sont engagées ensemble pour mettre en lumière leur passé minier commun. Ce travail collaboratif entre les mairies, l’office de tourisme et Aymeric Lenne a permis de créer une dynamique et un projet reliant cinq sites entre eux par un sentier pédestre, avec l’ambition première de permettre aux habitants de connaître leur histoire, mais aussi de diversifier l’offre touristique tout au long de l’année.

la boucle des mines © Agence Esquiss
Mines des Puys, Puy-Saint-Pierre Puy-Saint-André, automne 2025 - T.Poinas Galimey Studio (1) © Galimey Studio

Rendre visible

l’invisible

À la main de l’Homme s’ajoute la nature qui ensevelit peu à peu les toutes dernières traces de l’exploitation minière briançonnaise. Après la fermeture des mines industrielles dans les années 1960, puis celle de la dernière mine paysanne à Villard-Saint-Pancrace en 1989, l’État s’est attelé pendant une décennie à la mise en sécurité des sites. À partir de 1990, le projet consistait à fermer les galeries, remblayer et détruire les vestiges de surface. Réalisée sans perspective de valorisation patrimoniale, ou si peu, cette sécurisation s’est apparentée à une destruction des traces de toutes les exploitations minières.

Paysanne Vs

Industrielle
À cette époque, deux modes de gestion des mines étaient possibles.

 La mine paysanne était alors gérée de manière artisanale par des paysans-mineurs. Le bien était commun et le prix du charbon était établi par la commune. Les conditions de travail étaient généralement fondées sur la solidarité, sans hiérarchie, sauf celle de l’expérience. Une vie sociale s’organisait autour de « la cabane », qu’on peut encore observer à moitié détruite à la mine des Envers : un lieu où les travailleurs se changeaient, mangeaient et partageaient des moments. Les mines industrielles, elles, étaient exploitées par des sociétés disposant de moyens techniques plus évolués, au détriment des conditions de travail des salariés, dans une logique d’optimisation du rendement.

Boucle des mines des Puy, Puy-saint-André Puy-Saint-Pierre, automne 2025 - Laury Chamerlat (3) © L.Chamerlat
Un musée à ciel ouvert
Boucle des mines des Puy, Puy-saint-André Puy-Saint-Pierre, automne 2025 - Laury Chamerlat (1) © L.Chamerlat

Mine des Envers

L’âge d’or des mines paysannes

Après avoir quitté la route, on emprunte un petit sentier dans la forêt de Puy-Saint-André. Nos yeux tombent bientôt sur des rails de wagonnets, presque entièrement dissimulés sous la terre et les aiguilles de mélèzes jaunies par l’automne, puis on aperçoit une entrée de galerie. Bienvenue sur l’ancienne mine des Envers !

Le quartier des Envers, constitué de plusieurs galeries, est un exemple typique des mines paysannes de l’immédiat après-guerre. Face à la forte demande, les paysans-mineurs délaissent les techniques rudimentaires à la recherche du rendement optimal. C’est un lieu qui mélange ainsi les pratiques des mines paysannes avec la technologie propre aux mines industrielles, deux mondes restés jusque-là imperméables l’un à l’autre.

Sous terre, la galerie ancienne est creusée en pente, et les mineurs se dotent alors d’un treuil mécanique pour pallier cette déclivité. L’organisation humaine change aussi : de 1947 à 1953, les six mineurs du site instaurent un travail posté, en équipes de trois, matin et soir, à raison de 7 heures de travail quotidien, l’autre demi-journée étant consacrée aux travaux agricoles. Ils y travaillent même l’été, temps normalement dédié uniquement aux activités agricoles. La mine devient l’exception à l’échelle du bassin, tant elle est productive.  

Mine du Fossa et son four à chaux

On continue alors notre boucle en remontant vers la route, qui nous mènera à la mine du Fossa. Au bord de la route, elle est facilement visible. On emprunte ensuite un sentier tout beau, tout neuf, pour ouvrir l’œil et trouver le four à chaux non loin du ruisseau, dans un talweg.

Mine paysanne du XIXe siècle, la mine du Fossa est l’exemple d’un « communalisme » poussé, où les habitants veillent jalousement à préserver une ressource qu’ils estiment la leur — parfois au détriment de toute rationalité, entraînant conflits et gaspillage, et empêchant ces derniers de jouir pleinement de ce qu’ils considèrent comme leur bien.

Le four à chaux est un exemple des multiples usages du charbon. Après des siècles de fonctionnement au bois des forêts, les Briançonnais ont dû s’adapter au charbon comme combustible. Comme ce dernier, la chaux est perçue comme une ressource appartenant à la communauté, qui en fixe le prix et en interdit la vente en dehors de son territoire.

Mine de Combarine

On retrouve ensuite la route pour poursuivre la descente jusqu’à l’imposante mine de Combarine. Dès l’intersection, à l’entrée du chemin qui mène à l’exploitation, on peut apercevoir un wagonnet de l’époque, laissé là après la fermeture.

Exploitée de 1824 à 1962, Combarine montre l’adaptation des techniques minières industrielles classiques au milieu montagnard : une géologie exceptionnelle qui tourmente le gisement, une pente qui nécessite des aménagements spécifiques, profitant ou gênant tour à tour le travail des mineurs, et des hommes du pays qui préfèrent toujours le travail de la terre à la poussière. La mine de Combarine a, par exemple, tiré parti de la pente en mettant en place une goulotte pour faire glisser le charbon et évacuer sa production, devenant ainsi la première exploitation à se doter d’un tel système.

La visite de Combarine demande à elle seule un certain temps, tant les espaces qui la composent sont variés et témoignent de l’ampleur de cette exploitation. On y retrouve des galeries, la fameuse goulotte, des rails et leurs wagonnets, mais aussi la maison du directeur et les pylônes qui servaient à transporter le charbon jusqu’à la route en contrebas.

Mines des Puys, Puy-Saint-Pierre Puy-Saint-André, automne 2025 - T.Poinas Galimey Studio (3)
Mines des Puys, Puy-Saint-Pierre Puy-Saint-André, automne 2025 - T.Poinas Galimey Studio (12) © Galimey Studio

Mine de Roche Pessa

Nous prenons ensuite le même chemin que le charbon autrefois, en rejoignant la route en direction de Puy-Saint-Pierre. Un peu avant l’intersection, de belles marches partent sur la gauche pour gagner l’entrée de la galerie de la mine de Roche Pessa. Celle-ci, pour des raisons de sécurité, ne se visite qu’accompagné d’un professionnel : casque et lampe frontale sont d’ailleurs obligatoires.

Cette mine, à l’histoire méconnue, offre à visiter une galerie souterraine, l’une des seules de France non reconstituée en contexte houiller. Longue d’une centaine de mètres, elle a permis, jusqu’à sa fermeture en 1921, d’exploiter un petit gisement. Aujourd’hui, elle permet de découvrir les techniques minières dans un environnement totalement obscur.

Ce projet est une nécessité et une fierté pour tous les acteurs impliqués. Il apporte du dynamisme et met en lumière les villages de Puy-Saint-Pierre et Puy-Saint-André. C’est également un bel hommage à cette histoire et à ces personnes qui ont façonné un patrimoine minier dont nous avons la chance d’être aujourd’hui les témoins.

Règles et sécurité

  • Ouvert à tous, la Boucle des Mines se découvre en autonomie le long d’un chemin balisé en 2h30/3h environ. La visite de la mine des Envers seule peut quant à elle se faire en 30 minutes environ.
  • Balisé et sécurisé, le chemin reste un sentier caillouteux, en milieu montagnard. Munissez-vous du matériel adéquat ainsi que d’une gourde d’eau. 
  • La découverte de ces lieux peut se faire accompagné par diverses structures ou en autonomie : CBGA, service du Patrimoine de Briançon, Bureau des guides et accompagnateurs.
  • Le sentier borde des espaces cultivés depuis un temps immémorial, longe des lieux escarpés et des routes.Veuillez respecter les cultures, rester sur le sentier et circuler sur le bas-côté de la chaussée.
  • En montagne, la météo change rapidement. Pensez à consulter les prévisions.
  • Si vous remarquez quoi que ce soit, n’hésitez pas à en faire part aux mairies de Puy-Saint-Pierre (04 92 21 09 45) et Puy-Saint-André (04 92 20 24 26)

Découvrir les mines du Briançonnais

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