37 kilomètres, 1 980 mètres de dénivelé positif et trois jours de disponible.

Nous voilà lancés pour un beau défi ! Le petit tour des Aiguilles d’Arves entre La Grave, le Pic du Mas de la Grave et l’Aiguille du Goléon. Cette boucle a un atout qu’aucun itinéraire alpin peut revendiquer : elle garde La Meije en ligne de mire presque tout du long.

De La Grave, La Meije est là, écrasante, majestueuse et pendant trois jours, nous savons qu’elle va veiller sur nous. On s’en éloigne, on la perd derrière une crête mais elle réapparaît toujours offrant à chaque fois des frissons et de l’émerveillement.

Cette variante nous fait rester sur le versant haut-alpin du Tour des Aiguilles d’Arves. Un aperçu qui donne clairement envie de revenir pour l’intégrale. Le tour complet a la réputation d’être sauvage, peu fréquenté, et après ces trois jours, on comprend pourquoi.

Jour 1 : La Grave – Refuge du Pic du Mas de la Grave

Refuge du Pic du Mas de la Grave, été 2026 - S.Morattel (3) © S.Morattel
4h30 de marche, +700 m / -221 m, 9,9 km

Le sac est bouclé, les chaussures serrées, les bâtons ajustés : direction le parking des Téléphériques des Glaciers de la Meije. Les glaciers trônent au-dessus de nous, nous nous sentons toutes petites au pied du massif des Écrins.

Le sentier commence à grimper. On arrive à la petite chapelle de Bon-Repos, presque par surprise. Nichée dans la pente, modeste, elle a quelque chose d’inattendu ici, loin de tout. On s’y arrête un moment, juste le temps de souffler et ressentir ce que l’endroit nous transmet.

Le bruit des cloches accompagne la marche pendant une bonne partie de la journée, et quelque part dans les pierriers, une marmotte siffle son alarme sans jamais se montrer.

Le refuge du Pic du Mas de la Grave apparaît au fond du vallon de la Buffe. Dès que l’on pousse la porte du refuge, on découvre une ambiance chaleureuse et presque familière. L’intérieur est baigné de lumière, joliment aménagé, avec ses instruments de musique qui donnent au lieu une âme toute particulière. On se croirait presque dans le salon de quelqu’un, avec cette sensation immédiate d’être accueilli comme chez soi, loin de l’image parfois austère que l’on peut avoir d’un refuge de montagne.

Et puis il y a le sauna… Une parenthèse bienvenue après l’effort, où l’on prend le temps de se détendre, de relâcher les muscles et simplement de savourer le plaisir d’être là, en montagne.

La table du soir est installée face à la fenêtre, la meilleure place du refuge, sans doute, avec toujours cette vue sur la Meije qui s’embrase doucement au soleil couchant, lorsque le soleil décline et offre un jeu de lumière dans les différents petits vallons.

On ressort la carte IGN du Tour des Aiguilles d’Arves pour repérer le tracé du lendemain, plus long, plus sauvage… Une vraie aventure nous attend.

Jour 2 : refuge du Pic du Mas de la Grave au refuge du Goléon

7h00 de marche, +1 048 m / -525 m, 15,2 km

La plus longue journée, celle qu’on appréhende un peu la veille au soir et qu’on savoure une fois lancée. Le sentier alterne entre alpages dégagés et traversées de talwegs.

La première heure est le moment où l’on marche vite, les jambes sont fraîches et sur le plat descendant ça déroule doucement. Nos yeux sont à l’affût de tous les trésors que la lumière rasante de début de journée offre. Nous repassons par les hameaux d’alpage en imaginant, juste quelques secondes, quelle chance serait de vivre dans une de ces maisons de pierre à la vue aux mille étoiles ! Avant de traverser le domaine skiable du Chazelet, nous empruntons une petite sente qui s’enfonce vers le vallon de Martignare, sauvage et bucolique, nous sommes dans notre monde, apaisées par le pouvoir de la Nature.

Après avoir traversé le ruisseau, la montée fait son apparition ! l’heure n’est plus à la contemplation, ou alors uniquement lorsqu’elle est utilisée comme excuse pour s’arrêter ! En effet, les pauses boissons et snacks se font plus nombreuses. Malgré notre rythme qui s’adapte au dénivelé nous sommes récompensées par le spectacle fluide et rapide d’une hermine profitant, elle aussi, des joies de l’été.

Au sommet du Signal de La Grave, superbe point de vue à 2500 mètres d’altitude, une pause s’impose ! Le soleil est pile au-dessus du sommet de La Meije, ce qui nous indique qu’il est midi, l’heure du pique-nique a enfin sonné !

Randonnée les Rivets, la Grave, été 2026 - Laury Chamerlat (3) © L.Chamerlat

Après la pause bien méritée à contempler la nature qui vit, il est temps de reprendre la direction du refuge du Goléon par le col du Cruq des Aiguilles. Le col est visible de loin et chaque pas nous rapproche de sa côte bien salée. Nous la négocions du mieux que nous pouvons, avec toujours cette technique stratégique des pauses photos pour reprendre son souffle. La fatigue se fait ressentir mais plus nous montons, plus le paysage est époustouflant avec les glaciers qui se dessinent.

On ne croise presque personne sur ce tronçon, quelques randonneurs tout au plus et un troupeau de brebis au loin. Un sentier sauvage où la recherche de l’itinéraire fait parfois partie de la journée.

Arrivée refuge du Goléon randonnée, été 2026 - Laury Chamerlat (14) © L.Chamerlat

Le refuge du Goléon se découvre depuis le dessus, dans un cadre minéral qui tranche avec les alpages. En contrebas, le lac du Goléon a cette couleur laiteuse, presque irréelle, qu’on n’attendait pas. Les jambes sont lourdes en arrivant, mais la vue fait le travail, elle absorbe la fatigue plus vite qu’un repas chaud.

Bâti à plus de 2 400 mètres, le refuge a ce mélange typique de robustesse et de simplicité. De la pierre du pays, du bois patiné par les saisons, et une salle commune où l’on se retrouve vite à discuter itinéraire avec une famille canadienne croisée le matin même sur le sentier.

En attendant le repas réconfortant, dans le charme de ce refuge, on s’allonge dans l’herbe, vue sur le lac, pour une petite sieste.

Jour 3 : refuge du Goléon – Villar d'Arène – La Grave

5h15 de marche, +229 m / -1 230 m, 11,7 km

Réveil tôt pour le lever du jour au bord du lac. Ça pique un peu à cette heure-là, mais la lumière sur l’eau vaut largement les quelques minutes de sommeil sacrifiées. La boisson chaude et le petit déjeuner avec sa confiture maison nous réconfortent à notre retour avant d’attaquer notre troisième et dernière journée de marche.

On récupère ensuite nos sacs, on dit au revoir aux gardiennes et que la journée commence ! Le sentier minéral démarre par de la descente sur un terrain exigeant où l’on pose les pieds avec plus d’attention que la veille. Puis la pente se calme, les alpages reprennent leurs droits, et nous nous retrouvons au pied d’une montée mène au sommet de l’Aiguillon, un promontoire qui mérite la pause sur le fameux banc pour un point de vue à 360°. Nous continuons notre chemin vers le lac du Pontet, le sentier en balcon nous offre un panorama époustouflant sur les Écrins et il faut parfois se forcer à regarder ses pieds pour ne pas tomber. La vue sur les Agneaux en fond laisse entrevoir les portes d’entrées du parc national des Écrins. Nous laissons derrière nous le lac du Pontet pour redescendre sur le village de Villar d’Arène, blotti contre les pentes du glacier du Tabuchet.

Levée du soleil, lac du Goléon, été 2026 - Laury Chamerlat (11) © LChamerlat
lac du pontet hautes vallees © Alpes photgraphies

Villar d’Arène, ce village que l’on repère de loin grâce à son église qui apparait comme un phare. Les pas se multiplient et le rythme se fait plus soutenu, c’est la dernière étape avant de rentrer à la voiture et au village de La Grave. Son architecture traditionnelle et ses maisons regroupées dégagent, en été, une ambiance accueillante et chaleureuse. La place principale avec ses terrasses animées, ses jeux pour enfants et son terrain de pétanque offrent un lieu de vie qui fait chaud au cœur.

La descente s’enchaîne ensuite presque toute seule. Les jambes ont pris le pli après deux jours et nous longeons le lit de la Romanche. Ça croustille sous les chaussures avec au départ un chemin d’ardoises qui se transforme ensuite en un parterre douillet d’aiguilles dans la forêt, juste avant d’arriver au village de La Grave.

On repose le sac au parking du téléphérique, les clefs de voiture sont bien là (ouf) ! Fatiguées mais contentes d’avoir vu tous ces beaux paysages, se demandant déjà combien de jours il faudrait pour faire l’intégrale…

Infos pratiques

  • Durée : 3 jours / 2 nuits — 37 km, 1 980 m de dénivelé positif
  • Point de départ : La Grave (boucle)
  • Hébergements : Refuge du Pic du Mas de la Grave (nuit 1) et Refuge du Goléon (nuit 2), tous deux proposant la pension complète avec pique-nique du lendemain
  • Réservation : indispensable, surtout en haute saison
  • Trace GPX : Tour des Aiguilles d’Arves
  • Niveau : itinérance accessible à un bon randonneur, certaines portions ne sont pas très bien balisées, pensez à prendre votre carte IGN du tour des Aiguilles d’Arve
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